Est-ce la guerre ou bien la mise en place des conditions réalisables d’une guerre véritable entre l’Iran et Israël ? Quels sont les faits ? Trump en dénonçant l’accord nucléaire [VIDEO]de Vienne de 2015 avec l’Iran, met ses alliés européens dans l’embarras car il impose à tout pays qui commerce avec l’Iran des sanctions financières et judiciaires importantes. La France est concernée avec Total, Vinci et Airbus. Que va faire l’Europe dans cette situation ? Elle dit vouloir continuer l’accord avec l’Iran qui demande des gages à l’Europe malgré le départ des Américains. Il y a en filigrane une guerre qui se profile entre l’Iran et Israël. Israël n’accepte pas que la Syrie soit une base avancée des troupes iraniennes à ses frontières.

Il le fait savoir en répondant à la provocation d’un drone iranien transportant des bombes dans le ciel israélien (10/02/2018). Depuis 2017, Israël répond aux provocations des troupes iraniennes venues au secours du régime chiite et alaouite de Bachar. De 1973 (guerre du Kippour) jusqu’en 2011 (date de la contestation du régime de Bachar), il n’y a jamais eu de troubles entre Israël qui occupe le Golan (territoire syrien) et la Syrie [VIDEO]. En déchirant l’accord nucléaire de Vienne, Trump souhaite recomposer le Moyen-Orient et mettre Israël en avant dans sa stratégie de supériorité car les Etats-Unis souhaitent retirer leurs troupes du bourbier irakien. Pour comprendre ce qu’il se passe au Moyen-Orient, il faut partir des enjeux créés par les nouvelles alliances.

Etats-Unis, Israël, Arabie-Saoudite, même combat contre l’Iran chiite

Il n’y a que les relations internationales et les comportements en termes de réseau pour nous produire des scènes improbables et incompréhensibles pour le commun des mortels. On connaissait l’alliance traditionnelle entre Etats-Unis et Israël et entre les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite mais personne n’aurait pu imaginer qu’un jour l’Arabie Saoudite (sunnite), qui avait toujours parié sur la disparition d’Israël, pourrait un jour conclure un accord avec son ennemi juré, Israël.

Nécessité faisant loi, il faut comprendre l’accord entre les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite et Israël à partir de la théorie du réseau. Les Etats-Unis sont leaders de ce réseau, Israël est second et l’Arabie Saoudite laisse au vestiaire ses inimitiés contre Israël. L’Arabie Saoudite est sunnite, c’est une puissance régionale au Moyen-Orient et elle ne supporte pas l’émergence grandissante d’une autre puissance régionale, l’Iran qui lui est chiite. Nous sommes au cœur des enjeux religieux mêlés à des éléments politiques de domination au Moyen-Orient. L’Arabie Saoudite est prête à signer un pacte du diable avec Israël pour limiter l’influence de l’Iran au Moyen-Orient. La diplomatie saoudienne de son nouveau Prince héritier Mohammed Ben Salmane vise à étouffer tous les régimes au Moyen-Orient qui dialoguent avec l’Iran, fussent-t-ils sunnites comme le Qatar ou chiites comme les insurgés chiites au Yémen. Dans cette partie du Moyen-Orient, l’Arabie Saoudite bombarde les yéménites sans que la communauté internationale dise quoique que ce soit.

Les Etats-Unis utilisent Israël comme bouclier de premier rang contre l’Iran

Les Etats-Unis aimeraient bombarder l’Iran comme Bush l’avait fait en 2003 en Irak. Colin Powell, Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, avait montré des fausses preuves de détention d’armes chimiques incriminant l’Irak et justifiant ainsi l’attaque des Etats-Unis. On sait ce qu’il s’est passé. Trump, nourri de cette expérience, ne veut pas faire la même chose, néanmoins il pousse Israël à le faire à sa place. Israël a toujours averti le monde que sa sécurité était mise en danger par les troupes iraniennes en Syrie et par la position hégémonique que veut avoir l’Iran grâce à ses accords avec le Hezbollah au Liban, avec le Hamas à Gaza et avec Bachar en Syrie. Israël refuse de se faire encercler par l’Iran. Il a tracé des lignes rouges qui l’ont obligé à intervenir ce 10 mai car il estime que les missiles du Hezbollah iranien en Syrie qui se sont abattus sur son territoire, nécessitaient une riposte forte. En se rendant le 9 mai à Moscou, le Premier Ministre israélien est allé prévenir Poutine de son attaque imminente sur la Syrie pour réduire au silence les batteries de missiles iraniens en évitant de créer des dommages collatéraux éventuels vis-à-vis des troupes russes. Voici la nouvelle carte dans ce Moyen-Orient compliqué avec des alliances improbables et une guerre qui risque d’être imminente entre Israël et l’Iran. Pour l’instant l’Iran ne se déclare pas car faible militairement et stratégiquement vis-à-vis d’Israël qui, sûr de sa force, se contente des représailles-ripostes.