En Afrique au Sud du Sahara, il y a deux types de populations. Une population rationnelle qui sait expliquer les événements de la vie courante par la logique, mais cette population est minoritaire. Et puis, une autre population empirique, mystique, irrationnelle qui elle, est abonnée aux doctrines du mythe, de la sorcellerie, des superstitions de tous genres…

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la population irrationnelle représente la majorité. Et c'est elle qui est à la base des polémiques passionnées conduisant à la grande partie des drames connus et ignorés en Afrique : violence sociale, ragots destructeurs, préjugés infondés, chasse aux sorciers et sorcières, lynchage et exécution sommaire de personnes vulnérables et sans défense en considération de leur handicap ou de leur précarité économique...etc.

mais présentées comme malfaisantes, nuisibles à la société. Si l'identification et la classification des acteurs des deux populations reste difficile à établir, il faut aussi relever la difficulté de concilier les deux populations.

Une identification et une classification complexes et difficiles à établir

En Afrique, qui appartient à la population des rationnels et qui appartient à la population des mystiques et irrationnels ? Il est difficile de répondre à une telle question. En effet, il n'existe pas de critères objectifs, ni même de critères subjectifs pouvant permettre la classification des composantes de ces deux catégories sociales majeures.

Cela s'explique par le caractère à la fois composite et hétéroclite des horizons sociaux des agents composant les deux catégories. On ne peut même pas se fonder sur le niveau d'études et d'éducation, ni le statut social, ni le niveau de revenu, ni le genre sexuel, ni même la profession exercée pour espérer opérer une classification objective ou une classification subjective. De plus, l'appartenance à l'une des deux catégories est aléatoire et contingente. Il n'y a pas de fixité en l'espèce car selon la circonstance et l'enjeu, certains acteurs peuvent basculer d'un camp à l'autre. Ainsi par exemple, en cas de décès d'une personnalité jugée importante, il arrive que même les plus rationnels indexent la sorcellerie.

Bref, il y a une parfaite mixité sociale dans la composition des deux populations. Ainsi, il arrive que des intellectuels cohabitent avec des analphabètes dans la population des empiriques et irrationnels. Tout comme des analphabètes se retrouvent entre eux, ou alors au côté d'intellectuels dans le camp des rationnels. Et comme tout est aléatoire, jamais définitif, on peut basculer d'un camp à l'autre selon la réalité du moment. Ainsi, selon l'actualité, on peut avoir recours à la logique pour se l'expliquer ou alors au mythe, à la sorcellerie ou aux superstitions diverses pour le faire.

Mais quoique l'on dise, entre les deux populations, le fossé est grand, tellement grand qu'on ne peut les rassembler pour des initiatives constructives.

Deux populations inconciliables pour le développement de l'Afrique

Comme on peut le prévoir, l'existence même de ces deux populations antagonistes que rien n'unit (c'est la nuit et le jour) est un obstacle majeur pour le développement de l'Afrique. Ces deux populations sont véritablement deux forces contraires qui se neutralisent à tout égard, ce qui rend impossible tout regroupement des synergies.

Mais, là où la situation est des plus déplorables, c'est qu'au sein même des petites entités sociales comme le village et la famille, la population empirique et mystique empêche tout espoir de développement là où elle est prégnante. La nocivité sociale qu'elle représente est à l'origine des dislocations familiales et claniques.

On le remarque même au niveau des inégalités sociales concernant les deux populations. En général, la population rationnelle qui s'explique tous les événements par la logique se développe, s'enrichit et se bonifie. Elle se dote de moyens de réussite : scolarisation massive des enfants des membres du groupe, activités économiques intenses au sein groupe : commerce, artisanat, agriculture...etc., en un mot, le développement de la liberté d'entreprise. De ce fait, la santé des membres du groupe est boostée, ce qui fait que le taux de natalité est en hausse, quand le taux de mortalité est en baisse.

A l'opposé, dans la population empirique, mystique et irrationnelle, tout tourne au ralenti, c'est la misère généralisée et c'est le chaos absolu.

En effet, le taux de natalité est en hausse mais le taux de mortalité est en hausse également. La précarité se répand parce qu'au sein de cette population empirique et irrationnelle, on ne travaille pas. On croise les bras pour scruter le ciel, afin que le manne tombe de là. Du moins, on attend que le sorcier ramène à la famille, au clan, au village ; toute la réussite, tout le bonheur qu'il a pris pour aller ailleurs !

Autre exemple, l'immigration vers l'occident. Les membres de la population rationnelle se mobilise, se donne les moyens d'immigrer, contre vents et marées, bousculent les portes des ambassades pour des visas. Quant à la population empirique et irrationnelle, elle attend que le sorcier lui donne le visa pour aller en occident.

Elle est convaincue que les immigrés africains en occident, c'est leur papa sorcier, leur maman sorcière, leurs grand-père et grand-mère sorciers, leurs oncles et tantes sorciers qui leur ont permis d'y être.

Vous avez dit sous-développement de l'Afrique ? La raison se trouve là.