Le 7 mai 2017 Macron est élu Président de la République. Sans parti politique traditionnel, avec une cohorte de marcheurs guidés par la raison, l’esprit, la conscience et le moi (même si ces termes ne se recouvrent pas), Macron a réussi à introduire une autre conception de la politique qualifiée de nouveau monde en France. Les faits sont là, les partis traditionnels sont quasiment décimés tant au niveau de leur logiciel politique qu’au niveau de leur stratégie pour la reconquête du pouvoir. Macron a introduit le nouveau concept du « en même temps » qui devient une marque de fabrique utilisée par certaines chaînes de télévision pour leurs émissions politiques.

Un an après, que retenir de Macron en tant qu’homme politique ? Clivant dans la société française, il est qualifié par certains de Président des riches et par d’autres de sauveur. Macron dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit. Cette façon d’agir fait de lui un monarque républicain, un bonapartiste, un autoritaire. La France n’était plus habituée à ce type de gouvernance. Macron crée une rupture avec ces prédécesseurs et parle cash. Il dit qu’il a reçu un mandat des Français pour transformer la France et non pour la réformer car les Français n’aiment pas les réformes. Macron est-il de droite ou de gauche ? C’est une grande question, c’est un transformateur de la société française qui introduit des modalités spécifiques dans son comportement et dans sa relation aux autres et aux choses.

Quelle est donc cette méthode Macron qui intrigue, qui réjouit et qui énerve la plupart de nos compatriotes ?

Comment Macron utilise la valorisation de la société des individus au sens de Norbert Elias

Dans un ouvrage publié en allemand en 1987, La société des individus (Die Gesellschaft der Individuen), Norbert Elias montre qu’il y a un entrecroisement entre l’individu et la société dans laquelle il vit.

Dans ce livre philosophique et sociologique, on peut voir le mode de raisonnement de Macron quand il parle de premier de cordée et quand il estime que ceux-ci sont importants pour le reste de la société. Macron n’est pas pour une égalité théorique et encore moins réelle car il reconnait en chaque individu la capacité de mouvement, de réussite qui peut entraîner les autres.

Macron pense la société française comme un réseau de relations. Le problème est que la société française s’est bâtie sur la passion "tocquevillienne" de l’égalité des conditions. Au-delà d’un exercice qui peut être considéré comme simplement philosophique, Macron puise dans la société des individus la démarche qui est la sienne.

- Il faut favoriser les mutations individuelles au niveau de l’emploi, des statuts pour que la cohésion sociale fasse sens. Macron est contre les monopoles naturels du type SNCF, conventions collectives, statuts spécifiques des fonctionnaires et régimes spéciaux qui sont des mécanismes de conditionnement social qui ne contribuent pas à l’élévation individuelle.

- On comprend mieux pourquoi Macron est considéré comme un réformiste boulimique.

On le voit à travers les ordonnances sur le travail, l’abaissement de la fiscalité pour ceux de nos citoyens les plus fortunés, la réforme de certaines entreprises monopolistiques comme la SNCF. Macron ne dit pas aux Français que ces réformes-là ne sont pas de son fait mais des injonctions européennes au nom de la concurrence, comme c’est le cas pour la SNCF avec le paquet ferroviaire ( 2016).

Comment Macron pense dépasser les apories théoriques de l’individu dans la société de Norbert Elias

Pour Macron, la société française doit refonder son modèle de fonctionnement sur le Français non fermé sur lui-même mais ouvert au monde. Celui-ci doit dominer l’espace dans lequel il vit et le modifier à sa guise.

Macron a fait un choix discutable mais défendable : « défossiliser » l’environnement économique français en créant une société de confiance pour favoriser l’investissement économique. Il fait le pari (à juger sur le long terme) que c’est l’ordre économique, au sens de Max Weber dans Le savant et le Politique, qui doit conduire à la modernisation des ordres sociaux et politiques. Macron a paradoxalement commencé par détruire l’ordre politique, réduire les partis politiques à néant pour mieux le réinventer.

En étant ni de droite, ni de gauche, Macron introduit l’idée que la formation de la conscience de soi est plus importante que l’habitus social du nous/je. Macron valorise la primauté du je et donc de l’action, du faire et de l’agir permanent.

On comprend mieux pourquoi ses Ministres sont quasiment absents du jeu politique. Ils sont confinés à la sphère technique. Macron pense que l’Etat moderne et le processus de civilisation lié à la mondialisation doivent favoriser la capacité de faire les choses individuellement.