L'émigration, ce flux qui voit la France perdre de nombreux contribuables et cerveaux, est portée par des envies de quitter un pays dont les mesures gouvernementales déçoivent. La France se vide, pas seulement de ses contribuables les plus nantis, mais aussi de ses cadres, de sa jeunesse, sans distinction de moyens, de ses cerveaux, de ses intellectuels, de ses artistes. Les chiffres officiels ne traduisent rien de précis, car en France on ne recense pas les raisons des sorties du territoire.

Qu'il s'agisse d'un voyage touristique ou un déplacement professionnel, rien ne permet de distinguer les véritables motifs de sortie du pays. Quant à la gravité du phénomène, il faut s'attacher à savoir qui part et par qui il est remplacé.

Si quatre ou cinq ingénieurs informaticiens quittaient le pays, mais qu'ils étaient remplacés par deux génies de la Silicon Valley, il n'y aurait pas de problème. Seulement ce qui fait partir les uns, fait que les autres ne viennent pas.

Zones de non droit, sentiment anti-entreprise, fiscalité trop lourde

Si l'on suit l'actualité française, on verra qu'elle n'a rien d'engageant : scènes de violence dans les rues, caillassage de transports en communs, tirs à vue contre les autorités et les pompiers, (à un tel point que les interventions médicales doivent parfois se faire avec gilets pare-balles), tout ceci ne fait pas franchement envie. Bien sûr, il reste la gastronomie et le vin, mais cela est-il essentiel pour organiser une vie harmonieuse et prospère ?

De cet enchaînement sans fin de faits divers naît un paramètre important : la chute du moral des citoyens qui se traduit par cette "envie d'ailleurs".

Mais il n'y a pas que l'exil fiscal définitif qui vient ternir le tableau de la prospérité française. Le foisonnement des moyens de transport incite les cadres à voyager loin pour rejoindre le lieu de leur travail. Beaucoup prennent l'avion pour se rendre à Londres, Bruxelles, Berlin et reviennent passer le week-end en famille. C'est une situation pénalisante pour la France, car la famille de ses cadres bénéficie des avantages sociaux et scolaires français, tandis que les impôts sont payés dans le pays d'emploi.

Les fleurons de l'industrie et de la finance délocalisent

Total a installé à Londres son service trésorerie et la bourse de Paris son département informatique. Les grandes banques françaises délocalisent vers l'Inde leurs activités de "back-office" et permettent à leurs filiales établies à l'étranger à recruter sur place. Quant au staff dirigeant du groupe Sanofi, il est désormais établi à Boston. Et les exemples sont nombreux. C'est autant d'emplois en moins en France et une image de marque qui s'effrite.

Mais c'est surtout un manque qui pèse sur les recettes fiscales du fait de la consommation qui disparaît. Cet exil professionnel dépasse de loin les exilés fiscaux qui selon Bercy ne représentent que 3% des départs.

Un jeune sur deux souhaite partir travailler à l'étranger et c'est normal. Quel avenir épanouissant peut offrir un pays sous tension, un pays qui peine à vivre dans une harmonie improbable, où l'insécurité et les contraintes au quotidien dominent les préoccupations de chacun ? La France prend le chemin d'une nation qui se résumera bientôt à un ensemble de prestations de service, car les entreprises innovantes et dominantes auront plié bagages. Pour le moment, seules les prestations sociales et faveurs humanitaires maintiennent la France dans la ligne de mire des plus défavorisés.