L’OMS tire la sonnette d’alarme, l’alcoolisme est en forte recrudescence en Afrique au sud du Sahara. Cette épidémie maintient sa virulence dans les pays forestiers du continent dominés par le christianisme. Cependant, elle n’épargne pas la zone sahélienne majoritairement musulmane. Par ailleurs, s’il y a une pathologie addictive qui n’admet pas de frontière géographique en Afrique noire, c’est la toxicomanie. Du Nord au Sud, d’Est en Ouest, en passant par le centre, la consommation des produits illicites se propage à grande vitesse.

Au même titre que l’alcoolisme, la toxicomanie a même touché le milieu scolaire africain, dans les écoles primaires, collèges, lycées et universités. Il se dit d’ailleurs que l’Afrique de l’Ouest serait la plaque tournante des trafics de stupéfiants.

De plus, en Afrique, la vente d'alcool [VIDEO] en sachet a accru l'alcoolisme en milieu scolaire. Autant dire qu’en Afrique subsaharienne, les addictions à l’alcool et aux stupéfiants sont notoirement connues. Précisons à toutes fins utiles que c’est à ces addictions, que l’on doit la plupart des agressions de rues, des vols à l’arraché, des vols perpétrés avec ou sans armes. La commission de ces différents délits n’a qu’un but : permettre aux auteurs de ravir de l’argent à leurs victimes, en vue de s’approvisionner en alcool ou en drogues. Inutile de le dire, les addictions sont devenues un sérieux cas de santé publique en Afrique noire. Et pourtant, si les patients socialement aisés ont facilement accès aux soins et voient leurs droits être respectés, il n’en est pas ainsi des patients des couches sociales défavorisées, qui, sont livrés à eux-mêmes, aux moqueries et par-delà, privés de leurs droits fondamentaux.

Ces différences de traitements constituent indiscutablement des inégalités sociales de santé.

Des inégalités sociales de santé au profit des couches sociales aisées

En santé publique, on parle d’inégalités sociales de santé lorsqu’il y a des écarts entre différents groupes au niveau de leur santé en fonction de différents « faits » sociaux. Ces inégalités se traduisent par des écarts au niveau des taux de mortalité entre les personnes les plus favorisées et les personnes les plus défavorisées d’une part, et d’autre part, par une plus forte présence de la maladie et des comportements néfastes à la santé chez ces dernières. En Afrique noire, les inégalités sociales de santé s’observent dans tous les secteurs sanitaires, et le secteur des addictions en est une parfaite illustration. En effet, les addictes africains socialement aisés bénéficient toujours du respect de leurs droits fondamentaux. D’abord, la loi du silence règne sur leur état de santé. Personne n’ose s’exprimer publiquement sur leur addiction.

Ainsi, leur droit à la vie privée est respecté, et leur droit à la dignité humaine est préservé.

Ensuite, en Afrique noire, les personnes addictes, socialement aisées ont accès aux soins. Leur prise en charge médicale est assurée sans le moindre obstacle chez les addictologues. Et, selon la gravité de leur cas, et si les soins hospitaliers s’avéraient inefficaces, les personnes addictes de classes sociales aisées sont conduites discrètement chez les guérisseurs traditionnels en vue de leur "désenvoûtement" étant donné que l’alcoolisme et les autres addictions sont toujours considérés comme le résultat d’un mauvais sort. D’ailleurs, le plus souvent, ce qui arrive chez ces guérisseurs traditionnels, c’est que les causes des addictions sont mises aux comptes de sorciers. Aucune analyse étiologique tenant compte du milieu socio-économique du patient n’est menée en milieu traditionnel. Du coup, selon que ces patients sont de la grande bourgeoisie, la famille ira faire lyncher les membres du clan les plus pauvres, parfois jusqu’à la mort, les accusant d’avoir envoûté en sorcellerie, la personne riche du groupe. Notons qu’il n’en est pas ainsi, lorsque le patient est un pauvre, un démuni. C’est l’abandon total.

Abandon des patients addicts de conditions sociales défavorisées

Bien que les addictions soient un cas de santé publique en Afrique, toutes les victimes ne sont pas soumises à des soins médicaux. Les patients addicts des couches sociales défavorisées représentent une population notoirement malade, mais privée de soins médicaux. On pense qu’ils sont responsables de leur addiction. De ce fait, on soutient que, vu leur méchanceté, les dieux et les ancêtres les auraient châtiés par les addictions. Déjà, sur le continent noir, il est récurrent que les addictions soient vues tantôt comme des exploits personnels, tantôt comme des moyens d’amusement de la galerie. Au titre des exploits personnels, la pratique du binge drinking appelé aussi biture express, c’est-à-dire, la beuverie effrénée. Le binge drinking est un mode de consommation excessive de boissons alcoolisées. Une pratique dangereuse qui met en jeu, des buveurs d’alcool invétérés. Ainsi, sous forme de défis, l’on se pousse les uns et les autres à réaliser des records dans l’ingurgitation d’alcool. La dangerosité de cette pratique est décuplée par le prix dérisoire de l’alcool frelaté de fabrication locale dans plusieurs pays, toute chose qui rend ce breuvage hautement toxique disponible pour toutes les bourses. La contagion est devenue difficile à stopper… En effet, quand il s’agit d’impressionner les autres et de se rendre populaires, l'imagination des consommateurs d’alcool et de stupéfiants est sans limite en Afrique. Et, là, où, le bat blesse, c’est que, plutôt que les soumettre aux soins, les patients de l’imprégnation éthylique sont transformés en animateurs de cirque pour amuser la galerie.

S'agissant de l'amusement de la galerie, l’alcoolique enivré, dont l’ivresse a troublé la raison et rendu la marche indécise est sujet de moqueries. C’est ainsi que pendant les réjouissances de toute sorte ou au cours des funérailles, les alcooliques complètement ivres vont captiver l’attention du public et stimuler la joie de vivre et de rire des individus, surtout des badauds. Les pas de danse qu’ils exécutent sous l’ivresse, les paroles grossières, les injures qu’ils profèrent à l’encontre des autres, l’exposition de leur nudité sont des occasions de fous rires. Ils reçoivent dans la communauté, des sobriquets qui renforcent leurs stigmates, les marginalisent un peu plus, et les rendent encore plus ridicules. Alors que mis en état second par l’alcool, ils encourent la déchéance de leur dignité humaine et qu’à ce titre, il convient de les isoler du public. Au contraire, en Afrique noire, l’on insistera sur le fait que l’alcoolique enivré reste dans le public, soi-disant pour faire rire les gens, sur la place publique. Ainsi le malade alcoolique ou le drogué est transformé en animateur de cirque d’une soirée ou d’un moment, pour un public amusé, méconnaissant gravement les droits de l’homme. En effet, la mise en scène d’un malade nécessitant des soins, au grand mépris de sa santé et de sa dignité est une véritable atteinte à la dignité humaine. Cette situation changera-t-elle un jour ? La question reste posée. En attendant, les personnes addictes des milieux défavorisés continuent d’animer les assemblées aux allures de cirque.