Bientôt, c’est le 14 novembre. Un anniversaire de triste mémoire. En effet, c’est le 14 novembre 2017 dernier, que la chaîne de télévision américaine CNN avait diffusé un reportage inédit sur la traite de migrants noirs en Libye et leur mise en esclavage [VIDEO] dans le même pays. Ciel et terre furent ébranlés. Enfer et paradis furent connectés par trois mots : l’abomination, la réprobation et la condamnation. Monde visible et monde invisible furent unis par un même sentiment : le dégoût.

Pour ainsi dire, le reportage a suscité une vague d’indignation à travers le monde. Mais surtout, à la diffusion d’images chaotiques d’un monde libyen effondré, infligeant à l’homme noir les pires traitements caractéristiques de la déchéance humaine, le cri pathétique poussé par l’Afro-descendant Claudy Siar a rappelé au souvenir des Africains, les périodes les plus sombres des traites transsahariennes et traites transatlantiques.

La réponse du monde noir ne s’est faite attendre. Spontanément, des marches ont été organisées par les diasporas africaines à travers le monde pour dénoncer l’avanie et l’horreur. Des sit-in ont été organisés devant des ambassades libyennes dans plusieurs pays. Le comble, c’est que le monde entier a découvert que l’entreprise servile conduite par un Etat Libyen failli ,et, mis à sac par des bandes armées, à l’égard de migrants africains n’était pas un acte isolé. Au contraire, le cas libyen n’était que la face visible de l’iceberg, voire l’arbre qui cachait la forêt. En effet, la traite des noirs et leur mise en esclavage au 21è siècle étaient répandues dans tous les pays arabes. A bientôt un an de la découverte de l’avilissement de l’homme noir dans le monde arabe et la révolte générale qui s’en est suivie, quel bilan ?

Ce qu’il faut dire, c’est que, un an après le reportage de CNN et la condamnation collective d’une pratique ignominieuse, des efforts ont été faits, mais beaucoup reste encore à faire.

De grands efforts accomplis par les pays africains

La résurgence des traites transsahariennes au 21è siècle avait blessé l’Afrique noire dans son âme. La communauté internationale incarnée par l’ONU a montré une solidarité sans appel pour l’Afrique. Les États africains, soutenus par l’Organisation Internationale pour les Migrants ont affrété des avions pour un pont aérien. La rapatriement des migrants africains tombés dans le piège de la traite et de l’esclavage a commencé depuis lors, et il se poursuit encore. Naturellement, cet élan de solidarité a fait naître la confiance dans les cœurs de tous les Africains. Un élan de solidarité des États africains et de la communauté internationale qui a permis à des familles de retrouver leurs enfants partis à l’aventure. Cependant, tandis que certaines familles étaient soulagées de retrouver leurs enfants, d’autres ont été gagnées par le chagrin et la tristesse car elles ont appris la mort de leurs enfants dans les camps de concentration libyens. Avec le retour des rescapés de l’enfer libyen, on en a su un plus sur le calvaire des captifs.

Dans l’ensemble, ce sont des personnes dénutries et fatiguées qui sortaient des avions. Plusieurs portaient des traces de sévices et de tortures sur le corps. Certains marchaient avec difficulté. Des femmes enceintes, mais aussi des femmes avec des bébés faisaient partie des rapatriés. Leurs différents témoignages donnaient froid dans le dos. Toute chose qui a fait dire qu’il fallait accélérer le processus de rapatriement. Ce qu’il faut souligner, c’est que, l’empressement de plusieurs pays africains à rapatrier leurs ressortissants de la Libye était accueilli avec soulagement par les populations africaines. Les migrants auxquels l’on avait imposé un statut servile étaient les premiers à se réjouir de cette marque de sympathie venant de leurs pays respectifs et cela se comprend. En effet, pour la plupart, ils avaient décidé de migrer vers les pays occidentaux parce que se sentant délaissés et ignorés dans leurs pays d’origine. Avec le déchaînement de cet élan de solidarité que leurs pays leur témoignaient, les migrants ont senti leur narcissisme se restaurer, puis se renforcer. Les migrants rapatriés accueillaient avec beaucoup de joie, cette manifestation d’attention venant d’États auxquels ils n’avaient plus confiance. Cependant, malgré un élan de solidarité et de soutien incontestable des États africains envers leurs ressortissants, force est de constater que beaucoup reste encore à faire.

Les États africains et la communauté internationale ont beaucoup fait pour les migrants

Tout d’abord, l’élan de solidarité des États africains et de la communauté internationale s’est essentiellement concentré sur les noirs asservis en Libye qui a fait l’objet d’un reportage dans la chaîne de télévision CNN. Les autres cas de traites de noirs dans le Maghreb et dans la majorité des pays du monde arabe ne semblent pas avoir été pris en compte. Or, régulièrement, il nous revient avec acuité dans les réseaux sociaux que la situation des noirs dans les pays du Golfe s’est empirée. Traites, mise en esclavage, surexploitation de leur force de travail, proxénétisme aggravé, sévices corporels, traitements inhumains et dégradants...etc. Ces autres noirs d’Afrique, victimes de traites transsaharienne dans le monde arabe ne suscite aucun tolet. Et pourtant, il se dit que le nombre des victimes serait tout aussi élevé, sinon plus, que celui des victimes de la Libye. Et ces victimes africaines, de toutes nationalités confondues lancent régulièrement des appels au secours pour celles qui peuvent. Ainsi, on a pu voir des vidéos d’Ivoiriennes lancer des appels au secours à leurs dirigeants nationaux afin qu’ils viennent les chercher. Dans la même perspective, des Camerounaises ont, elles aussi, lancé des appels à leurs gouvernants nationaux, allant dans le même sens que ceux des Ivoiriennes. Les États concernés ont-ils accédé à la requête de leurs ressortissants ? Nous n’en savons pas plus.

Quelles solutions ?

Deux autres solutions proposées par plusieurs, mais qui tardent à être appliquées malgré tout leur intérêt méritent aussi d’être soutenues par les États africains.

Premièrement, il s’agit de la solution préconisant la rupture diplomatique avec les États arabes esclavagistes. Les pays africains qui ont montré un réel soutien à leurs ressortissants ne devraient pas hésiter à mettre en œuvre cette solution. Ceci ne serait que justice rendue aux victimes.

Deuxièmement, certains avaient proposé l’exclusion de la Libye et d’autres pays maghrébins esclavagistes de l’Union Africaine. Là aussi, les États africains devraient avoir du courage pour concrétiser ce souhait de la majorité d’Africains. En effet, aujourd’hui, le monde se conçoit en espaces et l’Union Africaine représente un espace. L’idée même d’espace suppose la libre circulation des personnes et des biens. La capture de migrants africains par des Libyens et autres Maghrébins, suivie de leur mise en vente, puis en esclavage est une véritable atteinte à la liberté de circulation qui mérite d’être punie de la manière la plus sévère qui soit. C’est le seul moyen pour sauver l’espace incarné par l’Union Africaine.