Au cours d’une déclaration ce vendredi 24 avril à l’Elysée sur le déconfinement, le président Macron a déclaré que le COVID 19 "n’aime pas l’art de vivre à la française". Cette boutade présidentielle montre la difficulté à déconfiner la société française à partir du 11 mai. Le monde de l’après COVID 19 ne sera plus le même. Tout ce qui structure notre vie sociale (la bise, la drague, les musées, le théâtre, les festivals, les concerts, les manifestations politiques, …) doit être modifié. Dans le domaine du travail, les nouvelles formes d’organisation (le télétravail, l’industrie 4.0, la valorisation de la création des objets par l’impression 3D, l’utilisation des blockchains) vont apparaître.

Le monde politique n’échappe pas à cette modification et Macron essaie d’en donner la configuration future au nom de l’unité nationale. La République en marche (LAREM) initie trois thèmes de réflexion nationale : les nouvelles solidarités, le travail et la transition écologique. Ces thèmes sont politiques et posent les bases d’un nouveau contrat social qui nécessite l’accord de tous les acteurs de la vie sociale, économique et politique, dont les partis politiques. Le Président veut faire de la politique autrement. A-t-il les moyens politiques pour ce nouveau contrat social après les attentes déçues d’une démocratie de proximité nées du grand débat ?

Le grand débat n’a pas créé un espace pour les actions d’une démocratie de proximité

Les démonstrations des Gilets jaunes n’ont pas suscité la mise en place des pratiques de démocratie de proximité. Les attentes concernant une autre façon de faire de la politique, d’apporter des réponses aux préoccupations des citoyens par l’écoute de leurs revendications, ont été déçues.

Les sujets utiles, comme ceux de la retraite, ont été mis en place sans explication et sans méthode. La parole présidentielle renaissante après le grand débat est progressivement devenue démonétisée. Les réformes constitutionnelles n’ont pas pu être poursuivies. Les contestations quotidiennes des Gilets jaunes sont devenues l’objet politique des chaînes de télévision.

Des dossiers, comme ceux de la réforme de l’hôpital, des bas salaires des soignants et des évolutions de carrière, ont été écartés en attendant meilleure fortune.

Le COVID 19 a modifié l’agenda présidentiel, ce qui était impossible hier à propos de l’hôpital, devient possible aujourd'hui grâce à l’urgence. Macron a été obligé de modifier son agenda de réformes et son logiciel idéologique. L’interventionnisme étatique devient la règle, les investissements sociaux, comme la nationalisation temporaire des salaires, ainsi que l’endettement massif, constituent des règles de gouvernance politique. Le président Macron, hier féru d’idéologie qui valorise l’offre mondialisée, accepte désormais de se réinventer idéologiquement et économiquement en suivant les principes d’intervention de l’État dans l’économie et la société édictés par l’économiste Keynes.

Le président Macron et la « réinvention » de lui-même et de l’espace politique français

L’après-crise commande une modification des thèmes et des comportements car le confinement a fait naître de nouvelles exigences en matière de vision stratégique de la société par les politiques et par les citoyens. Des 'Think Tank' et des grandes écoles, comme Sciences Po Paris, viennent de mettre en place des sites pour réfléchir sur une « nouvelle vie » après le COVID 19. Qu’en sera-t-il de l’espace politique français qui, depuis la Vième République, est marqué par une confrontation entre une opposition et une majorité, même en période de cohabitation (1986, 1993 et 1997).

Macron propose une unité nationale pour sortir de la crise sanitaire, espérant ainsi pousser les pions sans le dire vers les thèmes de l’élection de 2022 (les nouvelles solidarités, le travail, la transition écologique).

Les Républicains LR refusent la main tendue vue comme piégée du Président qui a commencé à sonder les différents partis politiques, mais surtout les personnages incontournables de ces partis, comme Jean-Pierre Chevènement qui représente la gauche républicaine au PS.

Macron veut-il ancrer sa politique de l’unité nationale en la gauchissant pour 2022 ? Quelles méthodes compte-t-il mettre en place et quels thèmes, autres que ceux de son mouvement, veut-il utiliser pour se réinventer ? Face au populisme de l’extrême gauche et de l’extrême droite qui ne vont pas manquer d’ouvrir son procès en incapacité politique après la crise sanitaire, il reste au Président à avoir un projet clair, une méthode politique pour 2022 en évitant le cafouillage en termes de communication dans la gestion de la crise du COVID 19, même si cette crise imposait un chemin du « learning by doing » (apprendre en faisant).

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