Mardi, Alexandre Benalla a été libéré de la maison d'arrêt de la Santé du 14e arrondissement de Paris où il demeurait depuis une semaine, en détention provisoire pour des soupçons de violation de son contrôle judiciaire. Une liberté qui pourrait toutefois ne pas durer, puisque le Sénat est penché depuis huit jours sur la suite à donner aux recommandations de sa Commission d’enquête.

Il faut dire qu'alors qu'à l'Elysée, on avait espéré que la pression finisse par retomber autour de l'affaire, celle-ci poursuit son chemin à l'intérieur du Palais du Luxembourg.

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Les conclusions du rapport transmis à la présidence de la Haute Assemblée interrogent désormais les élus sur la conduite à tenir, puisqu'elles mettent en cause trois des principaux collaborateurs d’Emmanuel Macron.

Selon les informations du Parisien, ce serait ainsi la lettre qui accompagne le document qui poserait un dilemme à Gérard Larcher. Signée par le président de la Commission d’enquête, Philippe Bas, mais aussi par les co-rapporteurs, Jean-Pierre Sueur et Muriel Jourda, celle-ci demande à ce que le Bureau du Sénat soit saisi pour autoriser l'ouverture de poursuites par la saisine du Parquet.

L'Elysée directement dans le viseur

La procédure ainsi appelée de leurs voeux par les trois sénateurs concerne notamment Alexandre Benalla et Vincent Crase au motif de "faux témoignage", mais pas seulement. Elle s'attaque également au secrétaire général de l'Elysée, Alexis Kohler, au directeur de cabinet de l'Elysée, Patrick Strodza, ainsi qu'au chef du GSPR, le général Lavergne, tous visés pour "omissions et contradictions".

Pas vraiment du goût de l'entourage du président du Sénat, où tous préfèrent concentrer les critiques sur les deux acolytes plutôt que sur les trois conseillers de la présidence.

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Une réunion du Bureau sénatorial est prévue le 21 mars prochain, afin de trancher sur le sort des cinq protagonistes de l’affaire. En attendant, Gérard Larcher tient à se montrer très pointilleux avec les règles.

Larcher avance avec prudence

Pour la prochaine étape de la procédure, l'administration du Sénat se devra d'instruire la lettre des trois sénateurs adressée au président du Sénat. A la lumière de la Constitution et du Règlement de la Chambre Haute, le secrétaire général du Sénat et le directeur général des Affaires institutionnelles auront ainsi la charge d'établir si les préconisations de ceux-ci sont réellement fondées.

Si oui, la balle sera alors dans le camp de la vice-présidente du Sénat, Valérie Létard, qui aura la possibilité de saisir le Bureau. Seul problème, une certaine prise de distance entre Philippe Bas et le président du groupe des Centristes auquel appartient la sénatrice du Nord. Le 21 février dernier, Hervé Marseille notait son soutien sur les conclusions rendues sur Alexandre Benalla et Vincent Crase, mais il opposait son refus de poursuites contre le personnel de l'Elysée, et cela sur la base de griefs qu'il juge trop minces.

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Une position dont Gérard Larcher confiait au Parisien qu'elle mérite analyse. Prudence donc, car de son avis, il faut savoir regarder "les affaires extraordinaires" de façon tout à fait "ordinaire".