Dans nos sociétés occidentales, la démocratie semble s'essouffler. Les partis ne semblent plus représenter les peuples. La participation aux élections s'affaiblit. S'agit-il d'un phénomène conjoncturel ou structurel ? Pour réfléchir à cette question, on peut se tourner vers le passé et se demander quelles ont été les critiques qui, dès la naissance de la démocratie moderne, ont visé cette forme de gouvernement. Car la démocratie a été mal vue depuis sa mise en place avec la Révolution française jusqu’au 19ème siècle et suscité de nombreux reproches.

La critique conservatrice et la critique libérale

L'instauration de la démocratie est un événement majeur de la modernité politique et a connu de nombreuses analyses. C’est d’abord un mouvement juridique qui est l’égalité juridique des citoyens. C’est ensuite un mouvement de la société : la moyennisation. Il faut attendre la Révolution de 1830 pour que le mot démocratie refasse son apparition. Elle commence à désigner la souveraineté du peuple.

Certains l’entendent au sens strict de démocratie directe, par référence à la démocratie grecque. Pour la majorité c’est la souveraineté du peuple tant qu’il choisit ses représentants. Même si on ne parle pas de démocratie pendant les Révolutions américaines et françaises, c’est bien durant cette dernière que la pensée conservatrice va se mettre en place. La naissance du conservatisme se forge à travers la critique des idéaux de la Révolution française.

C’est une critique tournée contre les principes de la démocratie, c’est-à-dire les progrès de l’égalisation et de l’indépendance individuelle, de l’autonomie. Le conservatisme donne la préservation des coutumes et des traditions, la fidélité aux moeurs, donc la conservation du passé, comme constituants les conditions d’une authentique coexistence. De son côté le libéralisme qui commence à se développer au 18ème siècle, défend la liberté dans ses dimensions politiques, juridiques, économiques et spirituelles.

Il désigne également la protection de l’individu face au pouvoir. Le libéralisme vise à conquérir des droits fondamentaux des individus contre les monarchies absolues. C’est une sorte de garantie de pouvoir vivre comme on veut. On peut distinguer une critique externe à la démocratie qui s’oppose par principe à la modernité. Il y a ensuite une critique interne à la démocratie qui est favorable à une société plus égalitaire mais est concernée par les risques sur le maintien des libertés.

Désordre et déshumanisation

La critique conservatrice de la démocratie comprend le mouvement d’égalisation des hommes, d’autonomisation de la raison, et d’individualisation des citoyens comme un mouvement de subjectivisation de l’homme. La démocratie dans cette optique, déracine l’homme et le déshumanise. L’indépendance et l’égalité de chaque citoyen dans une démocratie, a pour conséquence de détruire l’ordre social hiérarchique qui est le fondement d’une bonne vie communautaire.

Dans la démocratie l’homme n’a plus les repères qui permettent de trouver sa place dans la société, la subjectivisation de l’homme lui fait perdre son appartenance à une humanité particulière.

La liberté de l'individu menacée

De l’autre côté, chez les libéraux, le problème central de la démocratie est l'opposition entre l'égalité et la liberté. L’idée que les citoyens dans leur ensemble sont responsables de décider du destin commun d’une nation conduit certainement plus facilement à exprimer la liberté que si un tyran commandait. Mais il est aussi possible qu’un système démocratique soit contre la liberté. il peut marginaliser les minorités, il peut faire paraître que la volonté de la majorité est la bonne chose, même si ce n’est pas la bonne chose. Le fait qu’une majorité pense qu’une politique est bonne ne fait pas de cette politique la meilleure. Il y a quelques décennies, la majorité des Américains pensait que les femmes ne devaient pas voter ou que les noirs ne devaient pas avoir les mêmes droits que les blancs. Maintenant la majorité pense différemment. Le fait est qu’un système de vote démocratique est une manière de savoir ce que la plupart des gens pensent, mais ce n’est pas la même chose que de savoir ce qui est correct. Donc quand des majorités dans un système démocratique font voter des lois qui retirent ou restreignent les libertés individuelles ce n’est pas une bonne chose. Si l’objectif est la liberté, les systèmes démocratiques doivent être eux-mêmes accompagnés par des conditions les encadrant.

La démocratie entre liberté absolue et inégalité absolue

Pour le libéralisme, l’homme se définit par sa liberté. Les libéraux sont favorables à la démocratie mais sont soucieux de pouvoir maintenir les libertés qui semblent être menacées par le pouvoir de la majorité sur les individus ou les minorités. Pour les conservateurs, une société authentiquement humaine devrait se présenter comme une communauté hiérarchiquement ordonnée en classes, qui soit à la fois naturelle (plus originelle que les conventions et les volontés humaines), surnaturelle (fondée sur la religion) et normative (animée par des moeurs, des coutumes, des traditions qui indiquent à chacun les fins qu’il doit poursuivre).

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