Les cérémonies célébrant la mémoire de Jacques Chirac se sont multipliées depuis sa mort. Après Paris, c'est désormais à la Corrèze de rendre hommage à l'enfant du pays, la famille ayant accepté l'idée d'une cérémonie dans son fief. Le président de la République actuel pourrait même participer à cet hommage.

Une part de secret

Chirac exaspérait les uns aussi bien qu’il séduisait les autres. Quel que soit le jugement que l’on porte sur lui et sur son action, que l’on ait été l’un de ses militants fidèles ou un opposant farouche, force est de reconnaître en lui l’un des acteurs essentiels de notre vie politique nationale de ces cinquante dernières années, et une figure incontournable de la présence européenne et internationale de la France.

Beaucoup l'ont décrit comme un politicien habile, fluctuant au gré de ses conseillers, des circonstances ou des opportunités. Et naturellement, il y a chez lui une part d’ombre qu’il est souvent difficile de déchiffrer. Alors que, ces dernières décennies, la politique est trop souvent devenue un métier du spectacle, où la mise en scène, la tyrannie de l’instantané et de l’information en continu imposent leurs règles simplificatrices, Chirac est un homme qui a tenu à préserver une part d’intimité – de secret.

L'idée de nation

À un moment où la France et le monde se transforment, Jacques Chirac est un politique qui a connu une longévité exceptionnelle. Parce que les réalités d’hier ne sont plus les vérités d’aujourd’hui, il a su évoluer sur de nombreuses questions, en particulier celle de l’Europe. Mais, derrière ces changements, il y avait un patriote. Chirac s’est toujours fait une idée exigeante de la France.

Il croit à son destin singulier. En octobre 1976, il prononce à Égletons un discours au cours duquel il évoque les grandes lignes qui guideront son engagement. La défense de l’indépendance nationale et la préservation des institutions de la Ve République sont au centre de son propos. Une nation, c’est bien sûr une volonté de vivre ensemble, la conscience d’un avenir partagé ; pour un peuple, c’est un espoir, une ambition commune de prolonger une histoire singulière. Une nation, c’est une réalité au service d’un avenir, une histoire totalement assumée pour mieux bâtir les fondements d’un rêve d’avenir partagé.

La genèse d'un chef

Pourtant, rien ne prédestinait Jacques Chirac, qui aspirait, adolescent, à devenir capitaine au long cours, à intégrer le monde de la politique. Il rêve de voyages. Ses grands-parents étaient instituteurs, son père, cadre dans une banque à Clermont-Ferrand, puis directeur d’une société de construction d’avions. Seul son grand-père, Louis Chirac, militant anticlérical, franc-maçon, vénérable de la loge de la Fidélité à l’Orient, est engagé en politique.

Mais, à sa sortie de l'ENA, il est affecté à la Cour des comptes puis au Secrétariat général du gouvernement. Peu après, il rejoint le cabinet de Georges Pompidou, Premier ministre et, peu à peu, prend goût à la politique. Car la politique, c'est pour lui l'action : « Le politique” est, par excellence, l’homme qui agit », écrit-il. Débute un exceptionnel parcours politique : En 1967, Chirac se présente aux élections législatives en Corrèze.

La politique étrangère

Que retiendra-t-on des deux mandats de Jacques Chirac en tant que président de la République ? Sur le plan national, beaucoup l’ont accusé d'immobilisme. C'est donc peut-être dans le domaine international honneur qu'il aura le plus imprimé sa marque. Dans le domaine de la politique étrangère, Chirac met l’accent sur la diplomatie. Au moment où les principaux États se sont mobilisés dans la lutte contre le terrorisme, Chirac a montré comment celle-ci passait d’abord par le dialogue. Plus le destin des peuples se mêle, plus s’impose un dialogue revivifié. Dans le cadre de la mondialisation, Chirac ne prône pas un repli sur soi, mais une collaboration et un respect des différences car la mondialisation apparaît souvent comme une nouvelle forme de colonisation : une façon d’imposer, de réduire, d’uniformiser au lieu de rassembler. Le respect de la la diversité culturelle est essentielle pour empêcher cela. Depuis très longtemps, Chirac s’est fait le défenseur de ce qu’il appelle un monde multiforme, où la France puisse jouer son rôle séculaire. Longtemps, le français fut une langue porteuse de la liberté et des droits de l’homme. Au XXe siècle, on assiste à l’évidence à la montée de l’anglais au détriment du français. Aussi Chirac s’est-il depuis longtemps engagé dans ce difficile combat pour le maintien de l’apprentissage de notre langue à l’étranger. Ainsi, dès 1994, il milita pour que le français soit obligatoirement appris dans les États de l’Union européenne.

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