Depuis que la pandémie de la Covid-19 s’est propagée à partir de Wuhan en Chine centrale, le monde est en proie à une crise sans précédent. Au risque de multiplier les cas de contamination et la propagation fulgurante de ce nouveau virus provoqué par le Coronavirus SARS-CoV-2, de nombreux États on mis en place un confinement total [VIDEO] pour leur population.

En France, ce confinement a pris place du 17 mars au 11 mai 2020. Une situation que certains pays européens tels que la Belgique, l'Angleterre ou l’Autriche revivent même en ce moment avec un reconfinement lié à une deuxième vague épidémique.

Une solution qui fait ses preuves car en France, ces mesures de restriction des déplacements ont permis de sauver près de 60.000 personnes selon une étude de l’EHESP (l’École des Hautes Études en Santé Publique.).

Mais un confinement se fait-il sans risque ? L’isolement ne favorise-t-il pas l’embrigadement ? Face au manque de confiance, de pertes de repères, cette crise actuelle n’ouvre-t-elle pas la porte sur des discours sectaires ?

En France la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) appelle à une attention accrue en cette période car certains groupes “déviants” profiteraient de la situation pour étendre leur influence. Enquête.

Le contexte expliqué par une psychologue

Selon Fanny Bauer-Motti, psychologue basée à Londres, la gestion de la crise en France, et globalement dans certains autres États membres, a complexifié la situation pour certains citoyens fragiles :

“L’impact sur la population n’est pas le même en France, en Angleterre ou à l'Île Maurice par exemple.

Le contexte de la société française aujourd’hui, dans la gestion de la COVID-19, tant dans le discours gouvernemental que dans la crise sanitaire actuelle, a son impact.Ce qui reste commun pour tous c’est cet isolement et une perte de repères. Pour ceux qui avaient peut-être une structure psychique fragile, qui étaient peut-être sur un fil psychotique, cela peut générer un rapport déconnecté à la réalité.”

Ce changement brutal est même bien plus nuisible selon la psychologue car il peut s'accompagner de bouffées délirantes.

Un état qu’elle explique alors comme un "phénomène de décompensation" : “C’est quand on passe d’un état névrotique lambda à un état psychotique, une bouffée délirante où l’on est complètement déconnecté de la réalité. Bien sûr nous n’avons pas tous en nous ce risque qui ne concerne peut-être que 0,2% de la population. Mais on ne peut les nier car leur santé est plus fragile", explique-t-elle.

Si aucun lien formel ne peut être établi avec les récents attentats commis à Conflans-Sainte-Honorine, Nice ou Vienne, Fanny Bauer-Motti relativise tout de même au sujet de la radicalisation :

“Ce ne sont pas les religions qui poussent au meurtre ce sont certains hommes qui instrumentalisent, politisent ou restent dans une forme de délire par rapport aux religions.

Les personnes fragiles sont utilisées pour commettre des crimes atroces. Il n’empêche que de pouvoir commettre ce type de crime a un côté délirant. Le climat actuel, la manière dont la société et la loi gèrent les citoyens aujourd’hui créent beaucoup d’angoisses.”

Cette psychanalyste va même plus loin concernant l’avenir de nos pays qui doivent évaluer les risques et toutes les conséquences des confinements liés à la gestion de la COVID-19. Car certains pensent que la crise serait devenue un facteur d’embrigadement ?

“On donne tellement une impression de société divisée, de manque d’espoir, avec des discours qui pointent du doigt, écrasent même certains citoyens. Il faut savoir qu’une société avec peu de repères, qui n’a pas de valeurs fortes dans l’unité, c’est un terreau à l’isolement, à l’embrigadement", explique Fanny Bauer-Motti.

"Également pour ces personnes dont la santé mentale est plus fragile. C’est une question que le gouvernement français ni dans les communications qu’ils mettent en place, ni dans la manière dont ils gèrent la crise, n’a pas pris en compte", ajoute-t-elle.

L’exploitation d’une déstabilisation

Si l’on ne peut pas parler d’explosion de ces dérives pendant cette période, Francine Caumel-Dauphin, membre du conseil d'administration du Centre contre les manipulations mentales (CCMM) français confirme cette tendance :

“Nous avons constaté des offensives beaucoup plus marquées de la part des grands mouvements qui exploitent la manipulation mentale tels que les Évangélistes par exemple. Pour faire peur aux gens, pour faire circuler des démarches qui déstabilisent les pouvoirs avec leur philosophie.

Les Évangélistes ont quand même une philosophie fataliste : ‘Dieu est tout puissant, on se remet entre les mains de Dieu et comme la fin du monde peut arriver d’un moment à l’autre, quel est l’intérêt de prendre des précautions ?’

Plus que les dérives sectaires, c’est le mécanisme de manipulation mentale qui est dangereux. Une espèce de prise de pouvoirs au niveau des cerveaux qui fait perdre tout libre arbitre. Que ce soit la radicalisation ou l’exploitation de la COVID nous retrouvons les mêmes choses.”

À l’heure actuelle, ces sectes ne sont d’ailleurs pas celles que l’on croit. “Nous sommes bien loin de l’époque de la Scientologie par exemple” selon Francine Caumel-Dauphin qui évoquent des grands mouvements toujours existants mais qui “ne s’affichent plus comme auparavant”.

Nous assistons alors à l’arrivée de “petits groupes avec des leaders, des sortes de gourous”. Ces manipulateurs les entraînent alors dans un engrenage qui peut aller de la vidéo Youtube au séminaire. Les victimes entrent pour certaines dans une emprise mentale. Encore une fois, les centres d’aides et d’écoute comme le CCMM maintiennent le lien avec ces personnes et parfois les familles qui sont alertées par des attitudes douteuses de la part de leur proche.

Ce qui favorise ces discours, c’est également les prises de positions du gouvernement, les voltes-faces sur les masques, les informations contradictoires. Dans le contexte actuel, Francine Caumel-Dauphin précise enfin que personne n’est à l’abris : “Quand on voit les adeptes de certains groupes, on retrouve des gens diplômés, très intelligents”.

Elle ajoute même avec un peu d’humour, que “ceux qui n’ont pas beaucoup d’argent n’intéressent pas vraiment ces sectes".

Le recours aux médecines parallèles

À défaut de médicament remède à ce virus de la COVID-19 et bien que la course aux vaccins soit bien lancée par les laboratoires pharmaceutiques, certains médecins tirent aussi la sonnette d’alarmes face à ces propositions de plus en plus florissantes sur les réseaux sociaux.

Pendant le premier confinement en France, la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a reçu plus de 70 signalements de dérives liées à la COVID-19 selon des informations de France Info. Des charlatans adeptes de la médecine alternative ou médecine douce adaptent leurs discours et attirent de plus en plus de fidèles.

Les influenceurs traités de complotistes

Des promoteurs de médecines parallèles sont de plus en plus en vogue sur les réseaux sociaux. Les plus connus d’entre eux rencontrent un franc succès auprès d’un public toujours à l’écoute. À la lumière de Thierry Casasnovas, un Youtubeur qui parle du cancer comme “d’une opération marketing”. Pendant le premier confinement, Thierry Casasnovas a organisé un live sur YouTube en invitant Jean-Jacques Crèvecœur, un complotiste belge exilé au ­Québec, ou encore Christian Tal Schaller, un médecin suisse "antivax" qui selon lequel le Sida n'existerait pas.

Toutefois, il ne faut pas oublier que dans certains cas, ces discours partageant de fausses informations peuvent mener au pire. Considérons par exemple le cas du médecin Ryke Geerd Hamer qui a conduit à la mort de 140 personnes avec son invention d’une “Médecine Nouvelle Germanique”, censée guérir du cancer.

Autre grand adepte des théories du complot considéré aujourd’hui comme un gourou : Jean-Jacques Crèvecoeur. Ce conférencier belge spécialiste de développement personnel, désormais exilé au Québec, est connu pour ces propos conspirationnistes. Suivi par plus de 220.000 personnes sur Youtube, il compare la COVID-19 à “une manipulation monumentale, fabriqué en laboratoire et destiné à installer une dictature mondiale”.

Encore une fois, il s’agit de diaboliser les éventuels vaccins qui sortiront prochainement pour guérir de nouveau coronavirus. D’après Jean-Jacques Crèvecoeur, ce vaccin pourra “injecter des nanoparticules capables de dépister et tracer numériquement les personnes vaccinées.”

En définitive, tout ses prédicateurs de médecine parallèle ont un point commun : leur discours est anti-système, anti-5G ou encore anti-vaccin et totalement faux. Le confinement a renforcé l’émergence de tels discours, reconnaît une porte-parole du ministère de l’Intérieur en France. Sur France Info, Camille Chaize, qui s’exprime au nom de la Miviludes déclare qu’ils ont été face à “des situations où ces gourous, ces influenceurs, revenaient sur des thématiques liées à la punition divine avec un regain de courant apocalyptique lié à la pandémie”.

Peut-on réellement parler de gourous ?

La réalité est quelque peu différente, un avocat spécialisé dans le droit des dérives sectaires évoque quant à lui “des dérives thérapeutiques”. Selon Me Daniel Picotin, il ne s’agit pas réellement de techniques de manipulation mentale. En revanche, ces “discours complotistes peuvent conduire à des méthodes particulièrement dangereuses” :

"Certains de ces promoteurs de médecine parallèle ont parfois été condamnés légalement. Ces discours délirants se sont bien développés avec le COVID-19 car comme toute période de crise, les gens cherchent des solutions pour comprendre la situation. En qualité d’avocat, je n’ai pas eu de cas pendant cette crise du nouveau coronavirus. En réalité, pour qu’un abus avéré devienne un cas de droit et me fasse intervenir en tant qu’avocat, il faudrait un contact physique. Internet ne suffit pas, il faut soit que la responsabilité civile ou pénale d’un manipulateur ou d’un gouron soit engagée", déclare l'avocat spécialisé dans le droit des dérives sectaires.

Que dit la loi ?

À l’heure actuelle, il n’existe pas de définition du mot “secte” dans le droit français. On parle davantage de “dérives sectaires”. En France, en vertu du principe de laïcité, le pays des Lumières s’est interdit de définir le fait religieux au même titre que le fait spirituel afin de ne pas heurter la liberté de conscience (source : texte de loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État sur le site Légifrance).

Face à ce flou juridique, Daniel Picotin retient cependant plusieurs définitions des sectes, proposées notamment par un expert psychiatre, le Dr Jean-Marie Abgrall :

« Un groupe coercitif qui utilise à l’égard d’un individu ou de plusieurs, des manœuvres visant à établir un état d’assuétude ou de dépendance destiné à l’obtention d’un bénéfice financier ou autre et ce, quelque soit l’idéologie prônée par ce groupe ».

Il est à noter que dans le reste de l’Europe, certains pays comme la Belgique ont eux choisi de légiférer à ce sujet. Dans la monarchie belge « on entend par organisation sectaire, nuisible, tout groupement à vocation philosophique ou religieuse, ou se prétendant telle qui, dans son organisation ou sa pratique, se livre à des activités illégales, dommageables, nuit aux individus ou à la société ou porte atteinte à la dignité humaine ».

Finalement, ce dont il faut être persuadé c’est que personne n’a la vérité sur les tourments que nos sociétés traversent actuellement. Chacun d’entre nous, doit chercher et trouver sa solution en faisant preuve de bon sens dans le vaste paysage offert par Internet de nos jours. Les groupes d’appels, les centres d’écoute, les spécialistes tout comme les psychologues restent les meilleurs interlocuteurs si une personne ressent le besoin d’évoquer sa situation personnelle ou celle d’un proche en proie à ces dérives sectaires.

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