Imaginez le président de la République française, Emmanuel Macron, se rendant en Italie, au port de Lampedusa, entouré de photographes, repoussant du pied un canot fraîchement arrivé de migrants tout en martelant : "Désolé, l'Europe est complète, on ne peut plus vous accepter".

Cette scène fictive qui, sans nul doute, ravira certains, est à peu de choses près ce que les Américains ont malheureusement pu constater lorsque leur président, Donald Trump, s'est rendu, le 5 avril 2019, aux portes du Mexique, dans la petite ville de Calexico, devant un tronçon du fameux mur anti-immigration clandestine.

"Notre système est complet, on ne peut plus vous accepter. Notre pays est complet. (…) Alors rebroussez chemin", s'amusait-il à répéter.

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Mise en scène des fantasmes nationalistes

Faisant fi des réglementations, des conséquences économiques dramatiques pour les deux pays, amis et alliés depuis des décennies, des politiques, analyses, expertises sur les flux d'immigrations économiques, sociales ou environnementales ou des principes de libre circulation des personnes dans le monde, le président américain ouvertement populiste, pousse les curseurs, flatte à nouveau son électorat le plus nationaliste et met en scène le fantasme inavoué des hostiles à l'arrivée de nouveaux étrangers.

Ainsi, Donald Trump rejette le rétablissement de la politique de séparation des familles de migrants - les images d'enfants séparés de leurs familles dans des centres d'hébergements avaient pourtant choqué l'opinion - remercie Kirstjen Nielsen, ministre de la Sécurité intérieure suivant les recommandations de son conseiller controversé à l'immigration, Stephen Miller, à l'origine, entre autres, de la "tolérance zéro", la criminalisation de l'immigration clandestine, la séparation des familles de migrants, le renvoi des demandeurs d'asile au Mexique pendant l'examen de leur dossier.

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Aux frontières du mauvais goût

Menant une politique étrangère tous azimuts, parfois dépourvue de sens, militant pour un éclatement de l'Europe, qualifiant des pays africains et Haïti de "pays de merde", réhabilitant sans état d'âme un dictateur nord-coréen, affichant volontiers ses lacunes géographiques, l'homme à la tête de le première puissance militaire mondiale joue avec le feu dans un conte géopolitique parodique aux frontières du mauvais goût.

La construction de ce mur symbolique séparant les Etats-Unis du Mexique, qui n'existe pour l'instant que par ses nombreuses déclarations, se heurte d'ailleurs au scepticisme du raisonnable Congrès américain et à la réalité du financement.

Principes primaires de la démagogie

Cette nouvelle sortie sur-médiatisée du 45ème président des Etats-Unis, grand adepte du réseau social Twitter, mélangeant allègrement et adroitement vie numérique et vie réelle, rappelle son discours inaugural nationaliste, inspiré du slogan isolationniste des années 1930 : "L'Amérique d'abord".

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Il est désormais entendu que Donald Trump, héritier d'un empire, magnat de l'immobilier, ancienne star de la télé-réalité, flirte en politique avec les principes primaires de la démagogie qui, in fine, l'auront fait élire en janvier 2017 face à la démocrate Hillary Clinton. Selon la définition de l'Académie française, la "démagogie" est le "comportement politique fait de complaisance et de flatterie à l'égard des souhaits ou des instincts des foules, sans souci du bien général et des intérêts supérieurs d'un pays".

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Une politique s'adressant aux instincts, un spectacle à grande échelle assumé, terriblement ancré dans une époque où passions, instantanéité, superficialité prennent désormais le pas sur les impératifs de lucidité, de responsabilité et d'apaisement, cruciaux à la stabilité des grandes démocraties érigées en modèles à suivre.

Reste que, bien qu'impopulaire - 40 à 50% des Américains disent le détester - Donald Trump respecte scrupuleusement son programme nationaliste, protectionniste sur l’économie et extrêmement conservateur moralement ce qui lui assure le soutien indéfectible de sa base électorale. A tel point que le Parti des Républicains a fait savoir en février qu'il serait son candidat aux élections de 2020.

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