Structures dédiées closes et rues interdites, le serpent se mord la queue. Malgré la fragilité des migrants, ils ont été délaissés, parqués de force, puis délogés le 24 mars 2020 de leur campement d'Aubervilliers.

Les migrants délaissés

L'insalubrité née dans le camp d'Aubervilliers entre mai 2019 et le 24 mars 2020 réveille enfin les autorités publiques en mars 2020. Les migrants y étaient indépendants, isolés dans leur groupe, en famille et le manque d'hygiène se développant peu à peu n'éveillait auparavant aucune démarche pour résoudre ce problème, ni aucune méfiance à l'égard des habitants isolés.

Le confinement et la propagation du virus font désormais réagir les forces de l'ordre. Une crainte à l'égard des SDF ou migrants, qui sont souvent en groupe, est éprouvée par les diverses autorités, les citoyens et même les organismes d'accueil habituels. Une psychose similaire est exprimée également envers les infirmiers ou personnels médicaux confrontés au Covid-19.

Malgré les besoins des migrants et la solidarité recommandée pendant cette période et d'autres part l'implication des soignants, une réaction anxieuse rompt en quelques sortes le pacte social de fraternité exprimé dans le pays français. Le citoyen, les organismes d'accueil redoutent en effet les groupes qui ne sont désormais plus autorisés, alors que les règles d'espacement ne sont pas toujours appliquées dans les boulangeries ou dans les centre commerciaux.

Il y avait six cents habitants en moyenne dans ce bidonville, selon Ouest-France.

Ce regroupement allait en effet à l'encontre des mesures du confinement et a augmenté le risque de propagation du Covid-19. Médecins du monde dénonçait la semaine dernière l'insalubrité inacceptable du camp. Pourtant, le pays en général et les établissements attitrés n'ont entamé aucune procédure pour une meilleure hygiène, ni mis fin à cette situation précaire.

Une nouvelle polémique

La peur de la propagation fait bouger la police. Celle-ci a parqué sept cents migrants ensemble dans ce même camp, puis les a délogés sans aucune mesure de precaution. Louis Barda, directeur de Médecins du monde y voit un moment pour loger ce public vulnérable qui est dans une situation très précaire.

Cependant des contradictions restent. Le même scénario se répète depuis environ 5 ans :

- les migrants se créent un point de rassemblement,

- le groupe grandit jusqu'à que cela devienne compliqué,

- la police dispatche le groupe.

La banlieue parisienne a déjà connu ces répétitions entre la Chapelle et la Villette, puis à Aubervilliers où la plus grande concentration s'est faite.

Les hôtels et gymnases pour les migrants

À côté de Saint Denis, le groupe parqué ne disposait ni de toilettes, ni de points d'eau, ni de distribution alimentaire, ni d'aucun ramassage des ordures. L'hygiène nécessaire n'a pas été mise en place. L'urgence et la protection a prévalu sur une organisation adaptée aux familles déplacées.

L'intervention s'est faite le mardi 24 mars à 7 h 15 du matin. Les migrants ont été transportés sans autre forme de procès en bus vers des gymnases ou des hôtels. Cette décision est certes primordiale, cependant les gestes barrière pour lutter contre le Coronavirus n'ont pas été respectés avant le départ, ni pendant, ni après car les migrants se sont retrouvés à 80 voire 100 personnes dans les divers lieux, allant à l'encontre de la politique interdisant les regroupements de personnes.

A la fois indésirable, parfois solides et parfois affaiblis; les migrants ont été bousculés vers une solution insatisfaisante. Ils supportent des manques et des risques. Cimade, la ligue des droits de l'homme et Amnesty International dénoncent ces mesures de confinement inadaptées, mais ce secteur social se désengage de plus en plus compte tenu de la pandémie.

Il est inévitable que des migrants n'étaient pas présents le mardi 24 mars dernier. Ainsi, par logique, d'autres camps vont probablement se former à nouveau et les autorités policières se marcheront à nouveau sur la tête, à moins que l'on ne cesse de mettre en danger ces personnes et qu'une prise en charge individuelle puisse être faite.

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