Jeudi 3 mai au soir, Emmanuel Macron a entamé une visite de trois jours en Nouvelle-Calédonie, à l'occasion du trentième anniversaire de l'assaut de la grotte d'Ouvéa. Entre allocution, bain de foule et rappel à l'histoire douloureuse du peuple, le chef d'Etat français joue la prudence. Mais pour certains calédoniens, cette venue est ressentie comme un affront.

La Nouvelle-Calédonie bientôt indépendante ?

Pour la première fois depuis son mandat, le président français se déplace en Nouvelle-Calédonie.

Une visite attendue et scrutée à six mois du référendum sur l'indépendance prévu pour le 4 novembre 2018. Un scrutin qui pourrait permettre à la collectivité d'Outre-Mer de retrouver pleinement sa souveraineté selon l'accord de Nouméa. En effet, cet archipel d'une superficie de 18 575,5 km² relève de la souveraineté française depuis 1853. Néanmoins, cette collectivité est dotée d'un statut spécial qui bénéficie d'une certaine autonomie politique : un président, élu par les membres du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, dirige l'administration et représente l'archipel.

Le Premier ministre Edouard Philippe s'était rendu sur place en décembre dernier pour organiser cet événement.

Une visite sensible

Après sa visite visite officielle où il a commis une sacrée bourde, demain, samedi 4 mai 2018, Emmanuel Macron se rendra à Ouvéa, une petite île de Nouvelle-Calédonie qui risque de faire resurgir de douloureux souvenirs pour les autochtones.

Dans les années 80, ce lieu a été le théâtre de violences entre les Kanaks (indépendantistes) et les Caldoches (loyalistes). Des échanges houleux font trembler "le Caillou" depuis 1984, mais un jour, un sanglant événement fait basculer la situation. Le 22 avril 1988, les Kanaks s'en prennent à la gendarmerie de Fayaoué. Les indépendantistes tuent quatre gendarmes et en prennent 27 en otage. Cinq jours plus tard, le 27 avril, le chef du GIGN Philippe Legorjus, six autres militaires et un magistrat sont également prisonniers et enfermés dans la grotte de Gossanah, située au nord d'Ouvéa.

Paris réagit de manière violente, puisque que le gouvernement envoie le 5 mai des renforts pour libérer les gendarmes et les militaires tenus en otage dans la grotte d'Ouvéa. L'opération VICTOR a permis la libération des otages au prix d'un bain de sang, puisque les militaires français ont exécuté 19 Kanaks et 2 militaires du camp adverse. En se rendant sur place, Emmanuel Macron devra effectuer les "trois gestes de mémoire et de recueillement" lors d'une cérémonie commémorative.

"Pour nous, c'est une insulte !"

Dès son arrivée an Nouvelle-Calédonie, le chef d'Etat français a pris un bain de foule sur la place Bir-Hakeim (Nouméa) où la population l'a accueilli chaleureusement.

Rapidement, Emmanuel Macron se retrouve face aux membres du Sénat, des Kanaks, qui somment au président de qualifier la violence et la colonisation de l'archipel de "crime contre l'humanité".

La visite d'Emmanuel Macron sur l'île d'Ouvéa le 5 mai n'est pas une date anodine. Elle correspond au 30e anniversaire de l'assaut meurtrier de la grotte de Gossanah. A cette occasion, le président français ne prononcera pas de discours afin de ne pas raviver les tensions. Toutefois, il se recueillera sur les trois sites qui ont marqué ce drame : celui qui honore la mémoire des gendarmes, un autre honorant celle des 19 indépendantistes, et enfin celui rend hommage à Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, deux responsables indépendantistes tués par un autre indépendantiste un an après la tuerie de Gossanah.

A Ouvéa, la visite d'Emmanuel Macron divise. Le comité de Gossanah a même tenté de l'empêcher de fouler le sol de l'île. "Pour nous c'est une insulte, un manque de respect envers la population. Macron ne doit pas se tenir devant la tombe de nos enfants, et on l'en empêchera." a déclaré Macky Wéa, un survivant de la tragédie.

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