Lié à des taux d’intérêts exceptionnellement bas et à une offre toujours plus faible que la demande, le marché de l’immobilier en Île-de-France et notamment à Paris, point culminant des prix vertigineux, est à son zénith. La plus belle ville du monde se transforme-t-elle en ville la plus chère du monde ? La répartition inégale des richesses produites par la mondialisation, le Brexit, et l’attractivité de la capitale, rendent de plus en plus difficile l’acquisition d’un bien pour un particulier, poussant chaque année des habitants à quitter la ville lumière.

Paris : un marché hors norme

Au cœur de la capitale, et dans les immeubles anciens, le prix du mètre carré a presque doublé en 10 ans. En 2009, juste après la crise économique, pour un mètre carré acheté dans l’ancien il fallait débourser en moyenne 6 350 euros. Aujourd’hui, il faut mettre sur la table 9 500 euros en moyenne. Le terme de moyenne est important, car au cœur du réacteur, dans le centre de la capitale, certaines transactions ont défrayé la chronique et donné des bouffées de chaleur aux notaires.

Le cas plus connu est cet appartement vendu 35 000 euros du mètre dans le VII arrondissement dans le quartier des Invalides. Si un acheteur souhaite vivre place Saint-Sulpice pas de problème. Il faudra simplement débourser minimum 21 000 euros pour un mètre carré.

La locomotive parisienne entraîne une flambée des prix partout en Île-de-France, même si l’éventail des prix est plus large que dans la capitale. La moyenne du prix du mètre à Montreuil s’élève à 5 050 euros, enregistrant une forte hausse, Saint-Denis à 3 100 euros est en légère baisse, et Vincennes à 8 020 euros progresse avec une hausse de 8,2% en un an.

Des villes plus bourgeoises comme Neuilly ou Boulogne-Billancourt se rapprochent réellement des fourchettes parisiennes. (9 580 euros pour la première, 7 960 euros pour la seconde). Paris, puis sa région constituent donc une bulle autonome et affranchie, incomparable aux zones rurales ou le mètre carré se brade parfois à 600 euros le mètre carré.

Paris : une mondialisation inégale et une sociologie en pleine mutation

Comment expliquer que cet écart déjà très marqué il y a 10 ans s’est autant accentué, au point de créer une réelle fracture économique, sociale et politique entre la métropole et ses zones périphériques ?

D’une part, la mondialisation fut un formidable vecteur d’inégalité. Les grandes villes comme Paris, Bordeaux, Lyon et Marseille ont profité de la libre circulation des richesses, aspirant tout jusqu’à assécher les provinces, victimes de la désindustrialisation, du chômage et de l’exode rural. D’autre part, plus récemment, le Brexit et la présidence jugée libérale d’Emmanuel Macron ont contribué à améliorer l’attractivité de la capitale puis à séduire de nouveaux investisseurs paniqués par la montée soudaine du protectionnisme.

Aujourd’hui, celle-ci est tellement attractive que les prix de l’immobilier et le coût de la vie provoquent un décrochage inverse. Les classes moyennes et supérieures, trop riches pour obtenir un logement social mais trop pauvres pour résister à cette pression financière sont contraintes de partir. Le constat le plus alarmant est sans doute ses familles qui plient bagage. Résultat, des écoles du centre de la capitale ferment, d’autres sont en sursis. C’est ainsi que se transforme progressivement la sociologie d’une ville.

Paris, grâce à ses logements sociaux, au nombre de 20% depuis 2019, accueillent les catégories populaires qui coexistent avec les très riches. Entre les deux, point de salut.

Les solutions politiques pour Paris

Face à cette situation, qui sera au cœur de la campagne des municipales à venir, chacun propose des solutions. Du coté du locatif, le plafonnement des loyers a été annoncé cette semaine et ce à partir du 1er juillet, pour tenter d’endiguer cette crise se jouant sur l’écart entre l’offre et de la demande.

De son coté, Ian Brossat, l’adjoint PC en charge du logement à la mairie de Paris formule deux propositions chocs pour endiguer le phénomène de désertification du centre-ville de la capitale. D’une part, il souhaite interdire la location saisonnière d’appartements dans les quatre arrondissements de la capitale. Selon lui, la plateforme Airbnb qui était à l’origine une plateforme de partage et de découverte, s’est transformée « en économie prédatrice transformant les immeubles parisiens en machine à cash ». D’autre part, il souhaite interdire les résidences secondaires dans la capitale utilisées comme pied-à-terre.

Aux grands maux, les grands moyens. Enfin, Gaspard Gantzer, ancien conseiller en communication de François Hollande et candidat à la mairie de Paris, propose une mesure choc et symbolique pour aider les familles à Paris : la gratuité totale des crèches. Au-delà de toutes ses propositions, une chose est certaine, les candidats aux prochaines élections municipales ne pourront s’exonérer de ce dossier épineux : l’âge d’or de l’immobilier parisien.

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