Mes précédents articles ont attiré beaucoup de curiosité, mais également d'interrogations et de doutes que je vais désormais vous présenter. Je me permettrai également d'apporter quelques commentaires sur certains points.

Réactions de ceux qui ne sont pas partisans

Ceux qui ne connaissent pas les mouvements royalistes sont totalement perdus, et ce pour plusieurs raisons. Certains y voient une lubie « d'énergumènes » qui souhaitent retourner au temps des rois, avec une réapparition de la classe aristocratique, des privilèges, de l'asservissement du peuple et tous les clichés possibles et imaginables.

D'autres pensent automatiquement à la monarchie absolue, où le roi est le seul maître à bord, possède tout et ne doit rendre de comptes à personne. À côté de cela, il y en a qui imaginent une volonté de rétablissement monarchique basé sur celle de Westminster, où le souverain ne sert que de faire valoir, en somme "à rien" comme il m’a été fait remarquer.

En dehors de ces deux représentations qui sont aux antipodes l'une de l'autre, les commentaires se font rares.

Louis de Bourbon est une grande énigme pour un bon nombre de personnes. Sa trop grande absence médiatique se fait énormément ressentir. Ils n’ont aucune idée de qui est le prétendant au trône de France, ou alors une image très floue. Ceux qui en ont entendu parler, ou qui se sont renseignés sur internet, ont émis plusieurs interrogations : quel type de monarchie veut-il fonder et pourquoi n'est-il pas en France ? Souhaite-t-il une monarchie parlementaire, constitutionnelle, etc... ? Quels pouvoirs aura-t-il ? D'autres encore lui reprochent son accent espagnol. Ils ne voient pas en quoi Louis de Bourbon serait plus légitime que le comte de Paris qui, lui, est sur notre territoire.

Or si on souhaite instaurer un régime monarchique, nous ne pouvons pas aller à l'encontre des lois fondamentales. On ne peut clamer un retour aux traditions sans les respecter, sinon le régime monarchique serait instable. D’autant plus que cette prise de liberté ouvrira la porte à toutes sortes revendications de familles proches de celle des Bourbons.

Ensuite, beaucoup disent qu'il y a déjà un roi à l'Élysée et ne voient pas l'intérêt d'en désigner un autre qui le serait à vie, contrairement aux présidents. Ici encore, il faut mettre en évidence les changements que cela apporterait. Un roi ne serait pas dépendant de soutiens financiers ou partisans car sa fonction est successorale, donc non soumise à des ambitions carriéristes et partisanes. En effet, sa fonction n'étant pas la finalité d'une course au pouvoir, il ne serait donc pas appuyé par un parti ni par des groupes industriels et financiers. Et ce, contrairement à nos présidents actuels, qui ne rendent uniquement compte aux grandes fortunes qui les ont soutenues pour les élections présidentielles.

Le roi serait par ailleurs en dehors de tout parti, faisant l'arbitrage entre ceux qui auraient été élus par le peuple. Cet aspect de transmission héréditaire a également été mis en doute. C’est pourquoi il est également important de noter que la famille royale représente une continuité de la représentation étatique, contrairement à la Ve République où ce sont des « chefs d'entreprises » qui jouent au jeu des chaises musicales avec le poste présidentiel, où ce sont toujours les mêmes têtes qui circulent et qui proviennent du même milieu social pour lequel ils travaillent une fois au pouvoir. On doit aussi mettre en avant le fait que les rois sont éduqués pour régner et seront donc formés pour remplir la fonction de chef d'État.

Beaucoup de personnes s’inquiètent aussi de l'immunité de la fonction royale, sans pour autant être scandalisées par l’immunité de nos hommes politiques (en tout cas dans les commentaires qu'ils ont émis). Les affaires Strauss-Kahn et Cahuzac sont les parfaits exemples d’une longue liste d’hommes et de femmes politiques qui n’ont jamais fait de prison, malgré leurs fautes impardonnables. Et donc, que faire si le roi est un « despote machiavélique » ? Doit-on le subir à vie ? C'est pourquoi la fonction royale doit être clairement définie, que ce soit au niveau de ses pouvoirs et des possibilités, de les court-circuiter si jamais le roi mène une politique désastreuse ou s’il est l'objet de scandales comme avec la monarchie belge. Ce point est très important et doit être travaillé.

Quelle vision Louis XX a-t-il de l'Europe ? Accepte-t-il de rester dans l'Union européenne ou veut-il en sortir ?

J’ai également observé la mauvaise réputation de l'Action Française qui déteint sur le royalisme. Certains m'ont reproché de présenter une vision trop extrémiste et biaisée de Maurras et d'Action Française, et ils ont raison, car bien évidemment tout n’est pas aussi caricatural. Sauf que ce qui importe aujourd'hui, comme vous le savez, c'est l'image que véhicule une personnalité ou un parti. Or, dans l'inconscient collectif, action française = Maurras = antisémite = extrême droite = royalistes. La fondation du mouvement par des anti dreyfusard, ainsi que le penchant très nationaliste insufflé par Maurras, et ce même s’il a contribué à perpétuer le mouvement royaliste, n'aide en rien à l'heure actuelle dans l'image qui est véhiculée sur le royalisme. D'autant plus que cela s'est passé au début du 20e siècle, une période qui est directement associée au nazisme et à l'anti sémitisme. Et donc, pour donner plus de corps au mouvement royaliste, ses partisans doivent absolument montrer qu’ils se détachent de ces stéréotypes d'extrême droite, sinon le mouvement ne restera qu'au stade du simple rêve.

J’ai également eu comme retour : les monarchistes sont des ultras catholiques. À une période où le catholicisme est mis à mal, cette réputation d'ULTRA catholique est très mauvaise, car elle renvoie dans l'imaginaire à la main mise de l'Église sur le peuple et aussi à l'extrême droite. Par contre, il faut bien noter que le pouvoir sera garant ou représentant de la religion catholique, tout en étant garant de la laïcité française. Comme l'a dit récemment Houellebecq, la plus grande chance de stopper l'expansion de revendications politico-religieuses, et donc les conflits qu'elles engendrent, est de réinstaurer le catholicisme au sein du pouvoir. Le pays étant dirigé par un roi représentant le catholicisme, les autres religions auront bien plus de difficultés à vouloir imposer leurs dogmes dans l'espace public, ce qu’elles font aujourd’hui grâce à la neutralité religieuse de l'État.

Qu'en est-il des royalistes ?

La division des royalistes en deux camps est le talon d'Achille du royalisme. Les partisans du royalisme doivent soutenir le même prétendant au trône sinon ils peuvent être certains que la monarchie ne verra jamais le jour. Bien que les ambitions des Orléans soient compréhensibles, il faut penser à la nation et ce qui lui serait préférable. Or, comme je l'ai énoncé précédemment, un régime monarchiste qui va à l'encontre des lois fondamentales de la monarchie française ne peut être stable ni prétendre être dans la continuité des anciens rois. Avec plus de 1000 ans au pouvoir et l'impact que nos rois ont ancré dans l'inconscient collectif, les royalistes ne peuvent pas passer outre les lois qui ont régi les rois de France et auxquelles eux-mêmes devaient se soumettre. Les lois fondamentales sont claires, personne ni même un roi ne peut les changer. Ce qui rend les accords d'Utrecht nuls et non avenus ainsi que les déclarations du comte de Chambord qui n'étaient, par ailleurs, que de simples paroles auxquelles aucun document n'a été ajouté pour les officialiser. Tant que ces deux camps subsisteront, la monarchie n'aura aucune chance.

La médiatisation est également un gros point faible. Aujourd'hui, s'il n'y a pas de couverture médiatique, il n'y a rien. Le mouvement n'existera que s'il est présent dans la sphère médiatique. Il en est de même pour Louis de Bourbon. Étant bien trop absent dans les médias, il est très peu connu en France, ce qui est bien évidemment préjudiciable pour la cause royaliste.

Pour conclure, j'ai relevé les problèmes principaux qui m'ont été présentés. Je pense cependant que le royalisme n’est pas perdu et que la période est propice pour proposer une réconciliation entre le nouveau et l'ancien régime. En effet, nos présidents ne dupent plus personne, la population s'en désolidarise de plus en plus, leur reprochant de ne travailler que pour les grandes fortunes et non pour leur pays. De plus, les inquiétudes suscitées à l’égard d’une Union européenne qui efface les identités culturelles et la souveraineté de l’Etat, sont tout autant de craintes que la monarchie peut apaiser. Mettre en avant un roi qui représente tout son peuple, et non ses "actionnaires", est une idée qui mérite d'être exploitée. J'espère en tout cas que le débat continuera de fructifier et que nous « passerons à la vitesse supérieure », car nous sommes à une période charnière où, si nous ne réagissons pas, la France sera engloutie dans une Europe qui lui aura effacé tout son passé et sa culture. Je tiens bien sûr à rappeler que mes commentaires ne sont pas à prendre pour paroles d'évangile et qu'ils serviront à faire avancer le débat.