Le libéralisme pragmatique du Président Macron est un secret de polichinelle. Emmanuel Macron mène ses réformes à marche forcée : ordonnances sur le marché du travail, réformes de la SNCF, de l’ISF, de la flat taxe sur les revenus du capital, réforme sociale concernant une taxe sur la CSG des retraités et d’autres réformes sont attendues concernant les aides sociales, l’assurance-chômage, l’apprentissage et la grande réforme sur les retraites. Au nom de sa philosophie réformiste, le PACTE (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) va être piloté par le gouvernement d’Edouard Philippe. Quels sont les enjeux théoriques et pratiques de ce PACTE et que peut en attendre l’économie française ?

Enjeux théoriques du PACTE -plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises-

Pour comprendre la philosophie du PACTE, il faut partir des constats théoriques et empiriques que fait le Président Macron à propos de l’économie française.

Sur le plan théorique, pour le Président de la République, l’entreprise est l’unité cardinale de notre système économique capitaliste dominé par l’économie de marché, malgré l’interventionnisme de l’Etat. Pour Emmanuel Macron, l’entreprise est créatrice de richesses, pourvoyeuse d’emplois et donc de salaires, il faut donc créer les conditions macro-économiques pour que l’entreprise obtienne les fonds nécessaires pour financer ses investissements. Pour cela le Président de la République s’appuie sur la théorie de la croissance endogène qui doit permettre à l’Etat de favoriser l’accumulation du capital par l’intermédiaire de l’utilisation optimale de l’épargne.

Cette théorise nouvelle montre que la croissance économique ne dépend pas d’un facteur exogène comme le progrès technique dans les théories libérales néo-classiques anciennes, mais bien du comportement d’épargne des ménages pour alimenter le marché des fonds prêtables aux entreprises.

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Le PACTE valorise une série de décisions financières, comme l’épargne retraite, l’assurance-vie, l’utilisation de l’épargne salariale afin de financer les investissements dont les entreprises françaises ont besoin. Partant du rapport Senart-Nota, le PACTE estime que l’entreprise n’est plus simplement un producteur de richesses, mais aussi un acteur capable de prendre ses responsabilités sociales. Sur le plan théorique, le Président Macron estime que l’épargne nationale doit être mise à la disposition des entreprises pour leurs plans d’investissement. En théorie, pour que le taux d’épargne soit élevé, il convient de neutraliser l’effet de substitution entre revenus et consommation. Pour que les ménages français épargnent plus, il faudrait, conformément à la théorie de l’abstinence, pousser à une augmentation de la proportion épargnée du revenu grâce à des taux d’intérêts élevés qui rémunèrent les produits d’épargne. Le gouvernement fait le choix de limiter la rémunération des produits d’assurance-vie, ce qui, au nom de l’effet revenu, peut inciter les ménages français à épargner moins.

Enjeux empiriques du PACTE

Le gouvernement français part d’un constat : le marché des fonds prêtables (c'est-à-dire l’offre venant des ménages et la demande des fonds des entreprises) doit être encouragé pour limiter les effets de substitution entre consommation et épargne. Le gouvernement a pris une série de décisions utiles sur le plan fiscal pour encourager l’épargne nationale au sens global, en valorisant l’épargne-retraite, l’épargne salariale, en favorisant les PEA (plan épargne actions) pour les PME, en cédant la participation de l’Etat dans certaines entreprises publiques comme les ADP (Aéroports de Paris), la Française des jeux ou l’électricien ENGIE.

L’Etat souhaite innover financièrement en ouvrant aux PME/PMI les plateformes de financement participatif (titres participatifs, mini-bons, obligations à taux fixe, simplification des modalités de gestion de ces différents produits). Les masses financières voulues par ces réformes sont importantes mais ne sont pas à la mesure de la stratégie globale de l’innovation dans l’économie française. On attend une quinzaine de milliards de la privatisation des ADP et de la Française des jeux. Le gouvernement souhaite engager 1,5 milliards d’euros d’allègement de la fiscalité sur les entreprises (réformes à faire sur les droits de succession et sur la capacité des épargnants de « naviguer » entre les différents produits d’épargne retraite, salariale et PEA). C’est la mise en place d’un marché financier segmenté grâce à l’épargne nationale. Il faut espérer que le PACTE ne soit pas seulement utilisé dans une perspective financière (intégration de la participation salariale).