En France, l’éducation est en crise. Tout le monde convient qu'il faut la réformer. Tous les gouvernements successifs s'y essaient, et pourtant le niveau baisse. La maîtrise de la langue s'affaiblit. Les diplômes n'ont plus de valeur. La réforme de l'éducation elle-même est en crise. Il faut commencer par chercher à déterminer les fins de l’éducation.

Quelle fin pour l'éducation ?

Les doctrines culturalistes, qui rejettent l'idée qu'il y a une nature humaine, disent qu'on éduque l’enfant pour la société, en fonction des valeurs propres de celles-ci.

Les partisans de la nature exigent au contraire qu'on éduque l’enfant pour lui-même, pour lui permettre de réaliser sa nature propre, de s’accomplir. Si on ne vise qu' à l’épanouissement ou à l'auto-accomplissement de l’enfant, ne risque-t-on pas d’en faire un marginal, inapte à s’intégrer dans un milieu qui, de toute façon, sera le sien ? De plus, toute société a des exigences auxquelles elle ne peut renoncer sans se mettre en péril : elle a besoin à différents niveaux de compétences précises.

Plus encore, n’est-elle pas en droit d’exiger de l’éducation qu'elle transmette à l’enfant ces valeurs sans lesquelles la vie sociale serait impossible ? A commencer par le bon usage de la langue. Si, sous prétexte de respecter la spontanéité créatrice des élèves, on renonce à les contraindre à s’exprimer bien et à bien comprendre, on finit par détruire la communication elle-même.

Nature ou culture ?

Les partisans de la nature répondront plusieurs arguments.

1/ toute doctrine, par son refus de reconnaître toute valeur transcendante, doit s’appuyer sur des normes prétendues scientifiques, comme le « normal », l’ « adaptation », la « socialisation », l’ « équilibre » et aboutit ainsi à un conformisme total. Après tout, les génies comme Mozart furent des inadaptés et leur génie tient à leur inadaptation elle-même. 2/ Du point de vue moral, l’intégration sociale est loin d’être une norme indiscutable car toute société comporte une part de fanatisme, d’égoïsme sacré, de racisme.

3/ Une telle éducation contribue à la figer et aveugler tout ce qu'elle comporte d’ouverture, alors que l’éducation doit préparer l’enfant à l’évolution et à la complexité de sa société : pourquoi imposer aux élèves une langue scolaire un peu artificielle alors que la langue d’un même pays comporte tant de variétés et évolue sans cesse ? 4/ En voulant faire de l’individu un moyen de la société, on oublie sa dignité propre et, qui plus est, on en fait un bien pauvre moyen.

La société ou l'enfant ?

L'éducation doit-elle, donc, être pour la société ou pour l’enfant ? Il s’agit là peut-être d’une fausse alternative, dont chaque terme ne vaut que par les défauts de l’autre, ce qui les discréditerait toutes les deux. Entre l’individu et la société, il y a un troisième terme, l’humanité. Et l’éducation elle-même en témoigne. On n’éduque pas l’enfant pour qu'il le reste, ni pour en faire un travailleur et un citoyen, mais pour en faire un homme ou une femme.

Ainsi, il nous semble que la fin de l’éducation est de permettre à chacun d’être homme ou femme, d’accomplir sa nature au sein d’une culture vraiment humaine, culture humaine qu'on ne cesse jamais d’acquérir. Si cette fin peut paraître utopique, elle est la seule qui préserve l’éducation du laisser-faire comme de l’endoctrinement. Etre homme ou femme, c’est apprendre à le devenir ; et ce de deux manières. Dans le cadre d’un processus spontané, qui vient du fait de vivre en société, et aussi dans celui d’un ensemble de méthodes institutionnelles. Mais ce processus est sans fin : on n’achève jamais de devenir un homme ou une femme.

La liberté

L’éducation est donc bien autre chose qu'un dressage (un endoctrinement) ou qu'une maturation spontanée (par le laisser-faire). L’éducation est l’ensemble des processus et des procédés qui permettent à tout enfant d’accéder progressivement à la culture, l’accès à la culture étant ce qui distingue l’homme de l’animal. C'est avec cette finalité de l'éducation en tête qu'on peut se demander comment réformer l'éducation en tant qu'institution et que méthode. Car l’éducation est d'abord une institution ou, plutôt, un ensemble d'institutions. La famille, l’école, l’université mais aussi les mouvements de jeunesse, les formations continues, les fédérations sportives sont autant d’institutions éducatives. On se bornera ici à parler de l'école. La fonction de l’école est sociale: il s'agit d’enseigner. De transmettre aux élèves une culture qui forme leur jugement et leur permette de prendre des décisions raisonnables dans leur vie d'homme ou de femme. Il faut apprendre à voir, entendre, comprendre, pour se faire une idée personnelle, pour se libérer des clichés et des préjugés. Une vie pleinement humaine, c'est une vie libre qu'on dirige en fonction de ses jugements personnels.

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