Depuis ce lundi matin à 6 heures, les syndicats des surveillants pénitentiaires français appellent à un "blocage total" des 188 prisons existantes sur le territoire national. Entre 120 et 130 établissements seraient effectivement bloqués en milieu de matinée, selon l'Unsa. Les grévistes réclament une revalorisation de leurs salaires et une amélioration de leurs conditions de travail, notamment du point de vue de la sécurité depuis l'agression de l'un des leurs par un détenu djihadiste à Vendin-le-Vieil, dans le Pas-de-Calais, le 11 Janvier dernier. Depuis, les attaques des prisonniers envers leurs surveillants sont de plus en plus nombreuses.

Avant de toucher tout le territoire, la mobilisation s'est créée dans le nord-est, notamment en Moselle, dans la Meuse et en Alsace, où les grévistes ont promis de rester jusqu'à ce qu'ils soient délogés. A Longuenesse, ce sont les policiers qui ont pris le relais pour remplacer le personnel absent ce matin.

Nicole Belloubet, la Ministre de la Justice, doit recevoir des délégations syndicales aujourd'hui. Elle a bien essayé de proposer un premier projet d'accord samedi, mais ce dernier a été rejeté par les syndicats présents autour de la table. Certains d'entre eux, comme FO, ont même refusé de prendre part aux négociations. Avec la CGT, la centrale syndicale appelle à reconduire le mouvement jusqu'à ce que leurs revendications soient entendues et mises en oeuvre par le gouvernement.

"Le mouvement sera dur et ne s'arrêtera pas si le gouvernement ne propose que des mesurettes", prévient Christophe Dorangeville, le secrétaire général de la CGT-Pénitentiaire, qui se prépare donc à une grève reconductible.

Barricades et discussions

Tout le territoire national est touché par ce mouvement, à commencer par la prison de Fleury-Mérogis (Essonne), le plus grand centre pénitentiaire d'Europe avec ses 4.300 détenus. Ce matin, 150 surveillants bloquaient l'accès à la prison avec des palettes et des pneus. Ils étaient également environ 50 à Fresnes, même si le ministère refuse d'avancer de quelconques chiffres pour le moment.

Les centrales syndicales concernées par le mouvement de grève seront reçues en début d'après-midi par la Garde des Sceaux, qui "souhaite reprendre immédiatement le dialogue". Dans un communiqué publié dans la nuit de dimanche à lundi, le ministère de la Justice a également demandé aux surveillants de faire preuve de "responsabilité" pour assurer "le fonctionnement des établissements pénitentiaires".

Une demande qui n'a pas été respectée dans les trois quarts des prisons françaises ce matin.

Une proposition d'accord déjà rejetée

Le projet d'accord, présenté samedi par la Garde des Sceaux et rejeté par les syndicats en grève, proposait une revalorisation des indemnités et du statut des 28.000 surveillants pénitentiaires, mais "bien en deçà des attentes" du personnel mobilisé, qui se sent "mal considéré". De même, la création de 1.100 postes en quatre ans, proposée par le gouvernement, est jugée insuffisante ; le personnel des prisons attend davantage. Le ministère juge pourtant s'être appuyé sur les revendications des syndicats, avec des mesures favorisant la prise en charge des détenus religieusement radicalisés.

Sur le volet salarial, l'Ufap, la centrale majoritaire qui représente 40% des gardiens de prison, réclame une augmentation des primes de nuit ou de pénibilité. De leur côté, FO et la CGT tablent plutôt sur une évolution du statut des agents, qu'ils souhaiteraient voir passer de la catégorie C à la catégorie B de la Fonction Publique.