Le moins que l'on puisse dire, c'est que la #Justice française s'est lourdement abattue sur les huit inculpés dans l'affaire Bettencourt. Pleins d'espoir jusqu'au bout, c'est choqués et hébétés qu'ils sont ressortis ce jeudi 28 mai du tribunal de Bordeaux, après que le jury ait décidé de leur sort. Pour celui-ci, il ne fait aucun doute que la richissime héritière Liliane Bettencourt a bel et bien été abusée par des hommes de confiance, qui ont profité de sa légère démence et de sa maladie d'Alzheimer pour lui soutirer quelques dizaines, voire parfois quelques centaines de milliers d'euros. Les sentences sont sévères et ne font preuve d'aucune clémence.

- François-Marie Banier : l'ami photographe de Bettencourt qui a été le premier visé par la plainte de sa fille est condamné à trois ans de prison dont six mois avec sursis, à une amende de 350.000 euros et à verser 158 millions d'euros à Liliane Bettencourt, en guise de dommages et intérêts.

- Martin d'Orgeval : le compagnon de François-Marie Banier est condamné à 18 mois de prison avec sursis, à 150.000 euros d'amende et à 2,3 millions d'euros à rembourser à Liliane Bettencourt.

- Patrice de Maistre : le gestionnaire de fortune écope d'une peine de prison de 30 mois dont 12 mois avec sursis, devra payer une amende de 250.000 euros et rembourser 12 millions d'euros à sa victime.

- Pascal Wilhem : l'avocat et successeur de Patrice de Maistre est condamné à 30 mois de prison (dont un an avec sursis) et devra également verser une amende de 250.000 euros.

- Jean-Michel Normand : le notaire âgé de 80 ans de Liliane Bettencourt, a été condamné pour complicité d'abus de faiblesse, et devra donc participer aux remboursements de ses co-inculpés.

Si ces derniers sont les prévenus les plus lourdement condamnés, les trois autres inculpés n'ont pas non plus été épargnés par le tribunal bordelais. Stéphane Courbit, PDG de LOV Group, devra payer 250.000 euros d'amende. Patrice Bonduelle, notaire, 80.000 euros. Carlos Cassina Vejarano, ancien gestionnaire d'une île aux Seychelles appartenant à la riche héritière, n'était pas présent puisqu'il se trouvait au Mexique pour raisons médicales, mais n'échappe pas à 18 mois de prison (9 avec sursis) et à 250.000 euros d'amende. Il ne faudra pas non plus oublier Alain Thurin, l'ancien infirmier de Bettencourt qui avait tenté de se suicider la veille du début du procès. Une expertise médicale a été ordonnée à son encourt, et il sera jugé le 5 octobre prochain pour complicité d'abus de faiblesse.

Seul Eric Woerth, ancien trésorier de Nicolas Sarkozy (également cité dans l'affaire mais blanchi) et député de l'UMP, a totalement été relaxé.

Les réactions fusent

Difficile d'être exposé sur la place publique, pour ces hommes habitués à évoluer dans les hautes sphères de la société. Les réactions fusent de toutes parts, en particulier du côté des défenseurs des accusés. "Nous avons l'impression d'une justice schizophrène, avec une réalité à Paris avec des témoins mis en examen, et une autre à Bordeaux...", a affirmé l'avocate Jacqueline Laffont, en pointant du doigt des faux témoignages occultés dans ce procès. D'autres regrettent que l'héritière de L'Oréal soit définitivement jugée comme une personne "sans libre arbitre, incapable de faire des choix et de nouer des amitiés". Mais pour Françoise Meyers-Bettencourt, fille de Liliane, la victoire a un goût savoureux : "Ma première pensée va naturellement à ma mère, pour son honneur, pour sa dignité et toute sa famille, la nôtre. Mais il ne m'appartient pas de commenter cette décision de justice".

L'affaire Bettencourt n'est pas classée pour autant. D'autres procès, de moindre ampleur, devraient s'ouvrir dans les mois qui viennent, notamment contre cinq journalistes pour violation de la vie privée, et contre la juge Isabelle Prévost-Desprez pour violation du secret professionnel. #Fait divers #Paris politique